Promobashing et Black Friday

Source : LSA Quotidienne – 26 novembre 2019.


La Commission développement durable de l’Assemblée Nationale examine en ce moment le projet de loi sur l’économie circulaire. Les députés ont adopté un amendement déposé par Delphine Batho, amendement visant à interdire le Black Friday. Cet amendement sera soumis au vote de l’Assemblée à partir du 9 décembre prochain.

Black Friday
Promobashing

Que dit la députée et ancienne ministre de l’écologie ?

« Fondé sur la valorisation publicitaire de la surconsommation, le Black Friday utilise le flou encadrant les promotions pour contourner de manière manifeste la législation encadrant les soldes ». 
Le Black Friday reposerai sur une « communication trompeuse en direction des consommateurs laissant supposer qu’ils bénéficient de baisses de prix considérables alors qu’une étude de l’UFC Que Choisir montre que la moyenne des réductions est inférieure à 2% ».

LSA Quotidienne – 26 novembre 2019

La publicité pour le Black Friday serait intégrée dans les « pratiques commerciales agressives » interdites, définies par la directive européenne PCD de 2005.

> Décryptage promotion

Bien sûr, le Black Friday dont le péché originel est d’être américain et érigé en symbole de surconsommation frénétique et de gaspillage. Avec, bien sûr, Amazon en ligne de mire. Nous ne rentrerons pas dans ce débat idéologique.

Le Black Friday, c’est quoi ? Un simple temps fort commercial, ni plus ni moins que les multiples opérations commerciales menées tout au long de l’année et ayant pour objectif de stimuler la consommation. Avec une forte orientation non alimentaire. Les distributeurs ont trouvé pertinent d’adopter cette thématique dans une période jusqu’alors un peu creuse. A-t-on eu l’idée d’interdire les foires aux vins ou les opérations de Noël, pourtant pas très bonnes pour la santé !
Contrairement, à ce qu’affirme la députée, il ne s’agit pas d’un contournement des soldes qui ont un objectif bien différent, l’écoulement des stocks en fin de saison, avec l’autorisation de revendre à perte.
Autre inexactitude : il n’y a pas de flou encadrant les promotions. La référence de prix doit simplement être loyale et doit être justifié en cas de contrôle. Que la DGCCRF fasse ses contrôles et condamne les infractions. C’est tout.

Nouvel argument avancé : les remises annoncées seraient trompeuses selon l’UFC Que Choisir, avec une moyenne de réduction inférieure à 2 %. Bigre ! Mais avec quels prix de référence ? D’autres prix promotionnels sans doute, pratiqués régulièrement par les sites de commerce électronique. Or, le Black Friday n’est pas le seul temps fort promotionnel. Les prix peuvent donc être plus bas ou plus haut. En fait, c’est son intensité qui caractérise l’événement et crée son attractivité.

Cet argument montre aussi un certain mépris pour les consommateurs. Ceux-ci, surtout sur Internet, sont maintenant de véritables experts en termes de comparaison de prix et peuvent s’appuyer sur de nombreux comparatifs. Et arrêtons de penser qu’ils vont surconsommer en fonction de ces opérations tentatrices. Ils veulent seulement bénéficier d’un bon plan et planifient ainsi leurs achats à des moments favorables. Il ne s’agit donc le plus souvent que d’achats anticipés ou différés.

Maintenant, cet amendement va-t-il être adopté ? Peut-être, mais il sera immanquablement retoqué par la Commission européenne, selon notre expert juridique, Étienne Petit. En effet, la directive PCD a fait une liste exhaustive de 31 pratiques commerciales agressives en toutes circonstances. Le législateur français ne peut en aucun cas en ajouter une.

En outre, il n’y aurait aucune raison d’interdire spécifiquement le Black Friday. Toutes les opérations commerciales pourraient alors être concernées. Quelle perspective ! Si les politiques veulent promouvoir des modèles de consommation plus responsables, c’est très bien, mais la promotion est loin d’être le principal facteur de gaspillage.

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